Patrice Ekouma, agent de joueur camerounais.

Nommé à la tête des Lions Indomptables le 20 septembre 2019 avec pour adjoints François Omam Biyik et Jacques Songo, Antonio Conceiçao fait l’objet de vives critiques de la part des observateurs avertis du football camerounais, africain et mondial. Bien que le technicien portugais ait les diplômes requis pour le poste, d’aucun pensent qu’au regard de son palmarès constitué par une coupe et une super coupe de Roumanie. Pour d’autres, le fait qu’il n’ait jamais entraîné le même club pendant plus d’une saison prouve que sa capacité à obtenir les résultats dans l’immédiat n’est pas avérée. Pour certains radicaux, peu importe l’expérience ou les diplômes de Conceiçao, le choix de cet entraîneur au détriment d’un entraîneur de nationalité camerounaise ou de Patrick Mboma n’est pas concevable.

Pour analyser le recrutement de ce néo-sélectionneur national, la rédaction d’Allez Les Lions avons tendu son micro à Patrice Ekouma, spécialiste du football camerounais et du football turc, qui revêt la casquette d’agent de joueur en Turquie.

La rédaction d’Allez Les Lions (ALL): Alors que sur le continent africain souffle le vent des entraîneurs locaux pour les sélections africaines, que pensez-vous du recrutement de Toni Conceiçao au poste de sélectionneur des Lions Indomptables ?

Patrice Ekouma (PE): Oui il est vrai qu’au Cameroun on aurait aussi souhaitez voir un entraîneur national diriger notre sélection nationale senior comme cela ce fait pas partout ailleurs. Il n’en demeure pas moins qu’on ne peut pas savoir avec exactitude si les nationaux remplissaient les critères ou correspondaient au profil recherché par ceux la qui étaient chargés de recruter le sélectionneur du Cameroun. Ils ont choisit Antonio Conceiçao, ça veut dire qu’il remplissait les critères. Cependant, les personnes en charge du recrutement du sélectionneur ont choisit d’un autre côté choisi de ne pas écouter le souhait de certains camerounais qui est de voir un Patrick Mboma, Richard Towa ou même Rigobert Song gérer cette équipe.

 

ALL:  Pensez-vous qu’il a l’étoffe nécessaire pour assumer ce poste ? Saura-t-il manager les gros calibres de l’effectif camerounais ?

PE: S’il a l’étoffe nécessaire ? On ne va pas tarder à le savoir. Le 12 octobre il alignera son premier onze contre la Tunisie en amical. Une chose est certaine, le Cameroun a souvent recruté des entraîneurs avec moins d’expérience que lui. Ces derniers ont remporté des titres avec le Cameroun. On se souvient de Pierre Lechantre quand il arrivait au Cameroun en 1999, il venait de pratiquement nulle part mais cela ne lui a pas empêcher de remporter une CAN. Très souvent, c’est le Cameroun révèle des entraîneurs inconnus au monde. Je pense qu’on devrait lui donner la possibilité de nous prouver de quoi il est capable. Les autorités qui l’ont recruté doivent lui donner les moyens nécessaire et surtout le libre choix de son effectif.

En ce qui concerne les gros calibres, je pense qu’on ne vient pas en sélection pour défier l’entraîneur ou pour lui montrer qu’on est grand joueur. Au contraire le fait qu’on évolue dans un grand club doit être profitable à la sélection. Les gros calibres doivent inculquer leur professionnalisme aux plus jeunes qui intégreront la sélection progressivement et partager l’expérience des grands clubs avec leurs coéquipiers des clubs moins capés. De plus même s’il n’as pas entraîné des gros clubs en Europe il a quand même plus de quinze ans en tant que manager de clubs professionnels, ce qui est un atout considérable dans la gestion des effectifs.

 

ALL: Au regard de son palmarès peu fourni et de son expérience mitigée, pensez-vous qu’il pourra atteindre le premier objectif qu’il lui a été fixé à savoir remporter la CAN 2021 et qualifier le Cameroun pour la Coupe du Monde 2022 ?

PE: Nous verrons la manière avec laquelle il va s’adapter à ce nouvel environnement. C’est souvent le gros problème avec notre sélection. Nous recrutons des entraîneurs pour des résultats immédiat. Je puis vous assurer qu’ il est très difficile d’arriver lundi et gagner dimanche. Et même s’il parvient à remporter la CAN 2021 ou faire un résultat intéressant, beaucoup diront qu’il a profiter du travail de Seedorf. Selon moi, le véritable objectif devrait être la qualification pour la Coupe du Monde 2022 surtout que nous n’avons pas pu nous qualifier pour l’édition 2018. Il faut également souligner que la CAN ne se gagne pas seulement parce qu’on a un bon entraîneur. Il y’a d’autres facteurs qui entrent en compte tels que l’environnement, l’état d’esprit ou encore toute l’organisation qui sera autour. Il ne nous reste qu’à être patients pour voir à quoi ressemblera la méthode Conceiçao.

 

ALL: La première liste de Conceiçao et son staff pour affronter la Tunisie a été rendu publique il y’a quelques jours. Comment trouvez vous le casting ?

PE: Je ne pouvais pas attendre grand chose puisqu’il vient à peine d’arriver. D’ailleurs la liste portait la signature de François Omam qui connaît certainement les joueurs mieux que lui. Mais je remarque que le groupe a été constitué sur la base du noyau de la dernière CAN. Cependant, je me réjouis des retours de Jérôme Onguene, Moumi Ngamaleu et Jean-Pierre Nsame qui sont des profils qui nous ont vraiment manqué lors de la dernière CAN on ne reviendra pas sur les raisons de leurs absences. Je suis également content pour le jeune Ignatius Ganago de l’OGC Nice qui fait parler de lui sur le terrain depuis un moment. Il va être d’un apport considérable sur la ligne d’attaque des Lions Indomptables avec sa puissance et sa bonne lecture du jeu. L’arrivée du jeune Harold Moukoudi de l’AS Saint-Etienne pourrait être une solution pour l’axe central du Cameroun.

 

ALL: Vous êtes un agent camerounais spécialisé dans le football turc. On remarque que beaucoup de footballeurs camerounais et même africain ont choisi d’évoluer du côté de la Turquie lors du dernier Mercato. A quoi est-ce que cela est due selon vous ?

PE: Le public en général garde une image des championnats turcs  qui n’est pas celle d’aujourd’hui. Le championnat turc a cessé d’être le cimetière des footballeurs qui ne se retrouvaient pas dans les cinq grands championnats. Aujourd’hui, il bénéfice d’une forte médiatisation ceci aussi à cause de la qualité des joueurs et du jeu qui y est pratiqué. Beaucoup de nos joueurs y viennent pour essayer de se relancer ou simplement pour démarrer leur carrière. Ce championnat réussit à certains et pas à d’autres. Il faut être un joueur très bien formé et parfois très expérimenté pour y évoluer. C’est le cas de certains comme Paul-George Ntep (Kayserispor), Georges-Kévin Nkoudou (Besiktas) ou même Patrick Etoga (Istanbulspor) qui y est depuis un moment.

De nos jours, regard la masse salariale de certains clubs, la Turquie pourrait se positionner dans le top 8 ou 7 en Europe. J’encourage d’ailleurs certains jeune à y venir pour se faire une idée de la réalité. Ce football a beaucoup évolué et se rapproche des cîmes. Si un joueur de classe mondiale comme Falcao est allé au forcing avec Monaco pour venir en Turquie alors qu’il avait la possibilité de prolonger là-bas, on peut déjà se faire une idée.

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