Croatie : Mathias Chago, l’influent chef scout du Lokomotiv Zagreb - Allez Les Lions
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Croatie : Mathias Chago, l’influent chef scout du Lokomotiv Zagreb

Après une belle carrière essentiellement passée du côté de la Croatie, Mathias Chago a réussi son entrée en matière dans l’après football. Longtemps associé à la profession d’agent de joueurs, il est réalité le Chef Scout Afrique pour le Lokomotiv Zagreb, une fonction qu’il embrasse depuis qu’il a raccroché les crampons en 2018. Il travaille également en collaboration avec Niagara Sports, une agence de management de joueurs dirigée par le très influent Andy Bara et qui gère notamment les intérêts de Jérôme Onguene. Au cours d’une interview qu’il nous a accordée, il revient sur sa reconversion, son nouveau métier et surtout ses liens avec le football camerounais. 

1- Comment s’est orchestré votre reconversion en tant qu’agent de joueurs à la fin de votre carrière ? Était-ce une idée à laquelle vous aviez réfléchi pendant que vous étiez encore un joueur ?

Premièrement, je ne suis pas agent de joueurs. Pour l’être, il faudrait avoir ce qu’on appelait à l’époque la licence FIFA. Maintenant, avec les changements qu’il y a eu ces dernières années, tout le monde peut devenir agent de joueurs. 

Quand j’ai terminé ma carrière il y a 4 ans, ma première intention était d’aider Lausanne Sport, ce club qui a fait de moi ce que j’étais quand j’étais enfant. J’ai pris le Lausanne Sport financièrement en charge. En 2018-2019, j’ai fait un casting pour le Lokomotiv Zagreb où il y avait huit académies dont celle d’Idriss Carlos Kameni. Il fallait aider ces jeunes à voyager pour réaliser leur rêve. Je voulais aussi aider ce coach Mofessi qui m’a aidé pendant mon enfance là-bas à Lausanne. Je le voyais comme un devoir moral. Je pense avoir fait du bon boulot. Lausanne avait joué les qualifications pour la première division. Ensuite, nos chemins se sont séparés avec Lausanne mais je ne veux pas revenir dessus. 

2- Comment travaillez-vous au sein de ce club qui est reconnu en Croatie pour sa formation ?

Je suis le chef scout pour l’Afrique pour le Lokomotiv de Zagreb qui a vendu pas mal de joueurs à l’instar de Brozovic de l’Inter Milan ou encore Marko Pjaca de la Juventus. C’est un club qui donne beaucoup de temps aux jeunes joueurs. Pour preuve, il y a un joueur qui s’appelle Roko Simic, qui est venu au Lokomotiv à l’âge de 16 ans et ensuite on l’a vendu à près de 5 millions à Salzbourg. À cet âge là, il avait déjà une saison de championnat dans les jambes. C’est la raison pour laquelle je dis que c’est un bon palier pour les joueurs qui viennent du Cameroun pour pouvoir s’acclimater au rythme de l’Europe avant d’aller ailleurs. C’est donc ça mon métier principal : être chef scout.

3- Malgré votre poste de Chef Scout Afrique au Lokomotiv, on vous voit beaucoup travailler avec l’agent Andy Bara dans le cadre de transfert de joueurs de son écurie Niagara Sports. Quel est votre rôle dans cette agence ?

Pour ce qui est d’Andy Bara, il a été mon agent. Avec l’accord du club, je travaille avec Andy pour pouvoir l’aider à conclure certains gros dossiers comme celui de Bakayoko ou encore d’Ikone à la Fiorentina. Je veux prendre de l’expérience en travaillant aux côtés d’Andy. Je le connais depuis plus de 15 ans. J’en profite donc pour souligner que je ne suis pas agent de joueurs même si je facilite beaucoup de choses. C’est moi qui emmène Onguene dans l’agence (Niagara Sports, ndlr) et c’est moi qui fait les discussions aussi avec l’Eintracht Frankfurt. C’est moi qui ai fait venir le petit Yahaya Abdoulaye au Lokomotiv Zagreb. Mais je ne suis pas un agent. Je suis là pour faciliter certains deals. J’ai une bonne entente avec le Lokomotiv et j’ai une bonne relation avec des clubs de deuxième division. J’ai fait en sorte que personne n’ait à verser d’argent afin que le joueur puisse facilement se relancer. Pour moi, le plus important était que l’enfant signe et qu’il recommence à jouer. Quand je fais venir un joueur au Lokomotiv, je sais ce dont il a besoin car j’ai aussi été joueur. En tant que scout, je m’occupe de lui. Beaucoup d’agents sont derrière le joueur et attendent juste qu’un intérêt se manifeste pour sortir le bout de leur nez. Quand il y’a des transferts entre clubs, je ne suis pas dans les discussions. Ensuite, c’est normal que je m‘assure que le club où va le joueur lui permette de progresser.

4- Au-delà d’Onguene et Yahaya, travaillez-vous avec d’autres joueurs camerounais ?

Au-delà de Jerome Onguene et Yahaya Abdoulaye, il y a petit Donald Molls Tchamda que j’ai transféré à la Lokomotiv il y a quatre ans. Je l’ai fait venir mais les choses n’ont pas marché comme il fallait. J’ai compris qu’il fallait qu’on lui donne plus de temps de jeu. Je l’ai ensuite envoyé en deuxième division où il a fait deux ans et après la deuxième division, je l’ai transféré en Bosnie. Là-bas, il a été champion de Bosnie en moins d’un an. Après ça, il est allé en Arabie Saoudite. Il y a Jacques Mbe aussi avec lequel nous travaillons. Un très bon joueur, sympa et loyal. J’ai la chair de poule quand je parle de lui. Il a traversé des moments difficiles mais pour la deuxième année consécutive il a été dans l’équipe type du championnat tunisien.

5- Aviez-vous spontanément pensé à être scout que vous songiez à votre reconversion ? 

J’ai pensé à ma reconversion en 2014 quand je suis allé en Iran. J’avais discuté avec Éric Toumi, c’est celui qui m’avait trouvé un visa pour l’Europe et des essais en Belgique. Je l’avais appelé et je lui ai dit que je songeais déjà à me reconvertir. Je lui ai dit qu’avec les connexions que j’ai en Croatie, il pouvait m’envoyer ses meilleurs joueurs pour les placer sans problèmes. Malheureusement, on s’est un peu embrouillés. En rentrant à Zagreb, j’avais déjà mon idée en tête. On m’a proposé être scout au Dinamo Zagreb, qui est le meilleur club croate. Mais j’avais dit ouvertement au président du club que je préfère aller dans un club moyen où je pourrai bien apprendre le métier. Aujourd’hui, ils voient que je fais du bon travail. Après ma dernière année au Lokomotiv, on m’a proposé un contrat d’un an. J’ai dit au président que je ne me sentais plus capable de continuer. Il m’a donc proposé deux postes : celui d’entraîneur et celui de scout. Je lui ai répondu que je préférai être chef scout même si après, je suis tout de même allé passer ma licence d’entraîneur. J’ai choisi ce métier parce que je me voyais déjà en train d’aider mes jeunes frères du Cameroun que j’allais aider à sortir.

6- Quelle relation entretenez-vous concrètement avec l’agent de joueurs Andy Bara ?

Andy était mon agent. C’est lui qui m’emmène en Iran. Et il m’avait dit que lorsque je finirai ma carrière, il voudrait que je travaille avec lui. Cependant, je lui ai mis un petit crochet parce que je voulais être aussi chef scout. Toutefois, ça c’est un métier pour apprendre comment les choses fonctionnent dans un club de football. J’ai aussi la chance de travailler avec Andy car je vois aussi comment les choses marchent en tant qu’agent de joueurs. J’ai donc deux visions. Avec l’accord du président, j’ai eu l’autorisation de bosser avec Andy. Il s’est dit que je rencontrerai beaucoup de gens, notamment des présidents de clubs, susceptibles d’être bénéfiques pour le Lokomotiv Zagreb. 

7- Entretenez-vous des relations avec la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) aujourd’hui ? Si oui, de quelle nature ?

Je ne discute avec personne de la Fédération. Lors de mon passage au Cameroun, j’ai échangé avec plusieurs présidents de clubs de première division. La preuve en est, Yahaya est venu au Lokomotiv. Dès que je suis devenu chef scout, j’ai fait venir le Lokomotiv au Cameroun pour un casting. C’est le premier pays vers lequel je les ai redirigés. J’avais aussi l’idée d’épauler Lausanne Sport. C’est de cette façon que je m’implique au Cameroun. Si mes anciens collègues, qui ont été internationaux, pouvaient aussi apporter leur pierre à l’édifice, le football camerounais irait mieux. Je suis tout de même satisfait que Samuel Eto’o soit à la Fédération en espérant que les choses changeront. Ce qui m’a attristé au Cameroun, c’est qu’il n’y avait pas de championnat de football jeune car je pense que c’est la base de tout. Pour le moment, je n’ai pas encore fait un deal avec un agent de camerounais mais j’échange avec eux. J’ai par exemple rencontré Ivo Chi en Iran, quand il a fait venir Ernest Nfor. On a gardé un bon contact. On a également discuté lors du tournoi des U17 à Istanbul avant la Coupe du Monde 2019.  

8- Y a-t-il un partenariat à l’étude entre le Lokomotiv et un club camerounais par exemple ?          

Du côté du Cameroun, j’avais de bonnes intentions. Je voulais faire quelque chose avec une académie et un club mais j’ai fait une croix là-dessus. C’est une question de mentalité. Ce n’est pas évident. Mais si aujourd’hui je vois de bons joueurs camerounais, je ne vais pas hésiter à les faire signer. Sur le plan professionnel, je ne compte pas rester Chef scout du Lokomotiv et mon président le sait. Il y a même un club qui m’a proposé le poste de directeur sportif mais j’ai décliné. Je me vois encore au Lokomotiv pour un petit moment et continuer à travailler avec Andy Bara. Ça me permet de consolider mes contacts. Je ne travaille pas qu’avec le Cameroun. J’étais également au Mali, en Côte d’Ivoire et autres. 

9- Quel serait le mot de la fin de ce long et bel échange ? 

Pour conclure cette interview, je souhaite remercier le coach Moussa, monsieur Moufessi, ces gens qui m’ont aidé avant le début de ma carrière sans oublier Eric Toumi. Je salue également mon grand frère qui m’emmenait tous les jours au stade malien. 

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